Il est loisible aux parties qui concluent un
bail portant sur des biens en nature de vignes de vouloir que le fermage soit
payé en nature ou partie en nature et partie en espèces. Pour autant le prix du
fermage doit-il dans ce cas être établi en fonction des minima et maxima en
référence aux denrées retenues par arrêté du Préfet du Tarn (vin AOC ; vin
de pays ou vin de table) ? La Cour de cassation vient
de répondre par l'affirmative à cette question pour d'ailleurs l'ensemble des
cultures pérennes (viticoles, arboricoles, oléicoles ou agrumicoles).
En l'espèce et dans le cadre d'un bail à long
terme dans la région de Bordeaux, les bailleurs avaient saisi le tribunal en vue
d'obtenir la condamnation de la société preneuse à mettre à leur disposition 240
bouteilles supplémentaires de vin Château Haut Brion. Le fermage avait
initialement été fixé à la contre valeur en numéraire d'un tonneau et demi du
millésime considéré.
Le tribunal des baux ruraux n'avait pas donné
suite à la requête. A la différence, la Cour d'appel de Bordeaux avait accueilli
favorablement la demande des bailleurs considérant que lorsque les parties à un
bail avaient entendu fixer le fermage en denrées, la référence nécessaire aux
fourchettes arrêtées par l'arrêté préfectoral était facultative. La Cour de cassation a censuré cette interprétation de la loi. Les
dispositions du statut du fermage applicables ici sont d'ordre public et de
portée générale (articles L. 411-11 et R. 411-5 du Code rural) ; en toute
hypothèse, la fixation du fermage doit prendre en compte les minima et maxima
des arrêtés préfectoraux. Dans ces conditions, la clause contraire ne pouvait
recevoir exécution et le montant du fermage ne devait pas être payé pour sa
partie illicite à compter du renouvellement du bail.
Enfin, il est possible aux parties d'indiquer
que le fermage sera payé en nature avec du vin mis en bouteilles fournies par le
preneur et livrées en caisse au domicile du bailleur, ce dernier devant, sauf
convention contraire, rembourser au preneur qui en a fait l'avance le prix de
fourniture et de main d'oeuvre de mise en bouteille.