Avec plus de 670 000
visiteurs, la fréquentation du salon de l'agriculture en 2009 est en hausse de
10% par rapport à l'année dernière. Un résultat plutôt surprenant. Selon
Jean-Luc Poulain, président du salon depuis cette année, "nous nous attendions à
moins en raison de la crise". Les exposants tarnais avaient, en tout cas,
répondu présents à cette 46ème édition. Un stand institutionnel haut en couleurs
et en animations a retenu l'attention de nombreux visiteurs. Juste à côté, deux
stands de vente rassemblaient une grande diversité de produits locaux. Une belle
vitrine des savoir-faire du département !
S'il fallait résumer les
nombreuses réactions qui ont fait suite à la présentation des simulations sur
les incidences du bilan de santé de la PAC sur les exploitations agricoles du
Tarn, c'est Jean-Luc Poulain de la FNSEA qui serait cité. "Nous perdons beaucoup
plus par le contexte économique , nos prix de vente, nos charges, que ce que
nous gagnons par les aides PAC". François Constans, président de la section
porcine de la FDSEA l'a fait remarquer : "Les jalousies entre niveaux de prime
des différentes productions me font sourire. Le véritable enjeu est sur la
valorisation des produits. Moi, si on m'assure un prix de vente à la hausse de
10 %, je me moque des primes."
Pour Claude Marques, "nous
ne devons pas nous battre production contre production sous prétexte de la
nouvelle décision de répartition des aides. Allons tous dans le même sens !" Il
n'y a donc pas eu de bataille entre les "perdants" et les "gagnants" du bilan de
santé de la PAC. C'est au contraire un "nuage" de lucidité qui planait sur
l'assemblée générale de la FDSEA. "L'agriculture sera économique ou ne sera pas
!" rappelait Jean-Claude Huc.
Chez les céréaliers, Bernard
Delsuc alertait "on met les agriculteurs en difficultés sur la nouvelle
distribution des aides PAC. Pour ma part, j'ai chiffré le manque à gagner à 10 €
/ T. L'an dernier, cette somme était dérisoire lorsqu'on se réfère aux prix de
vente pratiqués. Mais cette année, les prix se sont écroulés. Habituellement,
quand on perdait de la rémunération, on compensait par une augmentation de la
productivité. Mais aujourd'hui, il y a de plus en plus de contraintes pour
produire." Alain Bou, le président de la chambre d'agriculture, s'inquiétait sur
la baisse des aides céréales dans le Tarn. "Ces aides auraient pu nous permettre
de compenser notre handicap par rapport à d'autres zones céréalières en
France."
Chez les éleveurs, le
sentiment était partagé. Gilbert Vergnes, président de la FDO remerciait la
FNSEA pour avoir aidé la FNO à obtenir une aide. Cette bouffée d'oxygène
permettra peut-être d'arrêter l'hémorragie des arrêts d'activité ovin viande.
"Pourquoi ne pas rêver à réinstaller dans cette production ?" rajoutait Marc
Rolland. Côté aviculture, Frédéric Florenchie rappelait que porcs et volailles
étaient les premiers débouchés des céréales. "Comment à ce jour, un éleveur de
porcs est-il capable de répercuter la future augmentation du prix de son aliment
de 10 € / T ?"
Et c'est bien là le nerf de
la guerre ! Les prix aux producteurs n'ont pas eu de cesse de baisser alors
qu'ils sont stables chez les consommateurs. La grande distribution est citée au
1er rang du banc des accusés. "Ils ont la capacité à acheter le "moins disant"
sur toute la planète" rappelait Jean-Pierre Bayssette. "Nous sommes trop
nombreux à mettre en marché face aux grandes centrales d'achat" indiquait
Bernard Guidez. "A Quand une loi pour interdire à la grande distribution
d'acheter sous le prix de revient du producteur ?" demandait Gilbert Vergnes.
"Nous avons manifesté en
2008 pour le prix du lait. Aujourd'hui, les producteurs sont insatisfaits tout
comme les consommateurs. Entre les deux, les intermédiaires en disent rien eux"
pestait Géraldine Biau. Réinvestir l'outil économique est probablement l'une des
solutions. Se regrouper et se regrouper encore semble être la voie choisie par
la coopération pour être plus efficace, plus grosse et couvrir un gros volume et
donc peser sur les acheteurs.
Norbert Durand, section
laitière, s'interrogeait sur le pouvoir qu'ont les producteurs au sein d'une
coopérative. L'assemblée s'accordait pour reconnaître que le premier critère de
réussite d'une coopérative n'est ni sa taille, ni son chiffre d'affaires mais le
prix qu'elle paie à ses producteurs. Jean-Luc Poulain pourra transmettre à la
FNSEA le message du Tarn "vous devez défendre les gens qui font de l'économique
pour redonner des perspectives encourageantes à nos agriculteurs !"
Pierre Leroy :
"l'Europe peut devenir une puissance agricole mondiale, si les agriculteurs sont
encouragés !"
Arnaud Pousthomis,
animateur, plante le décor : " le Tarn ne pèse pas grand-chose au niveau mondial
mais tout de même : le Tarn est le premier producteur mondial d'ail rose
de Lautrec..., 2ème producteur de lait de brebis et ... grand producteur de "
respounchous " !
Quel peut être l'avenir de
l'agriculture dans le contexte mondial actuel? Pour Pierre Leroy, les "
prophètes de malheur " ont tort ! Pour lui la thèse d'une famine mondiale n'est
pas justifiée. Pourquoi ? parce que s'appuyant sur les études de la FAO, il
rappelle qu'il existe encore des surfaces disponibles pour l'agriculture, que
les rendements peuvent encore augmenter au niveau mondial, parce que ce n'est
pas la hausse des biocarburants qui seule explique la hausse des cours des
céréales... et parce que même si demeure l'interrogation quant aux facteurs
hydriques, pour lui les évolutions de climat sont inquiétantes mais seulement
s'il s'agit d'évolution... rapide... Selon lui, pas de doute : l'agriculture est
capable de nourrir la planète et d'atteindre en 2050 une production égale au
double de celle de 1995. Mais à une condition cependant : si et
seulement si les agriculteurs sont encouragés !
Pour M.
Leroy : pas d'agriculture sans revenu, pas d'agriculture non possible si seule
la " politique agricologique" détermine les conditions de productions (et de
citer l'exemple du Danemark, champion de " l'agricologie " selon M. Leroy
et qui a ainsi perdu 20% de sa production !). Pour "l'expert" Pierre Leroy, le
principal doute reste celui qui plane sur la réelle volonté des décideurs
français et européens. "Aux Etats-Unis, la volonté politique est claire : 80%
des élus sont d'accord pour reconnaître que l'agriculture est vraiment un
secteur stratégique ! "
S.
PUECH