Agenda19/05/12 Retour à la page d'accueil Contacts Glossaires Plan du site Page précédente Page Suivante Imprimer  
    Vie Syndicale / Assemblée générale
 
  Lancer la rechercheRecherche avancée








 
  Quand les agriculteurs s’invitent dans la campagne électorale...

Lors de l'assemblée générale de la FDSEA a été organisée une table ronde avec quatre agriculteurs tarnais et trois élus du département. L’occasion de confronter réalité des agriculteurs et programmes politiques.

"Malgré la modernité de l'agriculture et les enjeux qu'elle représente pour l'avenir (emploi, balance commerciale, innovation, développement durable) on a peut entendu les candidats à la présidentielle parler d'agriculture, sauf peut-être à l'occasion du salon de l'agriculture " estimait Jean-Claude Huc. Partant de ce constat la FDSEA avait décidé de s'inviter dans la campagne électorale. Aussi, la table ronde de l'assemblée générale réunissait-elle quatre agriculteurs du département et trois élus tarnais avec Dominique Barrau, secrétaire général de FNSEA pour témoin. L'objectif était double : avoir des réponses sur des problèmes concrets rencontrés par les agriculteurs mais aussi que chaque élu trace sa vision de l'agriculture et le projet agricole qu'il défendait pour les années à venir. Anne Laperrouze (UDF), maire et conseiller général de Puylaurens, et députée européenne, Bernard Carayon (UMP), maire de Lavaur et député de la 4ème circonscription du Tarn, Thierry Carcenac (PS), président du conseil général du Tarn et député de la 2ème circonscription du Tarn avaient accepté de participer à cet échange.

Ci-dessous, un rapide aperçu des témoignages et des débats au cours de cette table ronde.

Témoignage de Thierry Garrigues : l'emploi en agriculture

Thierry Garrigues est arboriculteur à Sénouillac. Les pommes, production principale de son exploitation, sont commercialisées via une organisation de producteurs et se retrouvent sur un marché très concurrentiel car non protégé. " Samedi dernier, à géant, j'ai trouvé des pomme Fuji chinoises ". Thierry Garrigues fait remarquer que plus de 50% de son coût de production correspond à celui de la main d'œuvre. Cela grève la compétitivité de l'entreprise notamment face aux autres pays " alors que paradoxalement le pouvoir d'achat de mes salariés reste plutôt faible. Quelles solutions proposez-vous pour faire baisser le coût du travail mais aussi la complexité de sa gestion ?".
Les trois élus se sont accordé à reconnaître que l'agriculture avait besoin d'un niveau important de protection de ses marchés pour protéger une production dont les exigences environnementales, sociales et qualitatives étaient très élevées. Tous trois ont aussi affirmé leur volonté de simplifier la gestion administrative en agriculture. Finalement, c'est sur le coût du travail et de la protection sociale que les divergences se sont affirmées.
Pour Bernard Carayon "les 35h sont largement en cause notamment pour les PME ", Anne Laperrouze évoque la TVA sociale et la réduction des charges pour la création de deux nouveaux emplois. Pour Thierry Carcenac " il faut revoir la répartition de la taxation entre travail et capital mais il faut préserver le modèle social français ".

Témoignage de Delphine Puech : les aides à l'investissement et à la modernisation des exploitations

Delphine Puech est exploitante en production laitière avec son père à Labruguière, ils ont tout récemment accueilli un associé tiers dans le GAEC suite à une opportunité de reprise de foncier et de quota à proximité. " Pour des raisons économiques, mais aussi environnementales (mise au normes) et de conditions de travail, nous avons lancé un projet lourd sur l'extension et la modernisation des bâtiments " explique-t-elle. Ce projet devait être financé partiellement par un prêt bonifié et le plan bâtiment d'élevage "mais aujourd'hui, le prêt dont l'avenant  a été signé en 2006 est planté faute de budget et les files d'attentes sur le plan bâtiment sont de plus d'un an. L'état peut-il ainsi ne pas tenir ses engagements ? Cela remet complètement en question la pérennité de l'installation !". 78 dossiers plan bâtiment et 82 PAM sont ainsi touchés dans le département. Bernard Carayon qui avait évoqué ce sujet avec le ministre mardi dernier estime que le plan bâtiment est victime de son succès alors que l'Etat a déjà fait un gros effort qui sera poursuivi. Réaction de Dominique Barrau "cette situation n'est pas acceptable. Nous exigeons que les taux du plan bâtiment ne soient pas modifiés et que l'état participe à la hauteur des enjeux sur les prêts bonifiés, le plan végétal environnement ou le plan bâtiment. Le plan bâtiment en particulier est un enjeu majeur d'aménagement du territoire et de maintien de l'élevage ". Anne Laperrouze estime que des solutions peuvent être trouvées sur le FEADER ou en loi de finance rectificative.

Témoignages de Gilles Astruc et Jean-Luc Viarouge : irrigation et gestion de l'eau

Gilles Astruc, producteur de tabac à Saint Julien du Puy et Jean-Luc Viarouge, éleveur laitier à Montredon-Labessonié irriguent tous les deux à partir du Dadou et expliquent que l'irrigation est l'élément clé de leur exploitation. "Si j'ai pu m'installer, si je peux tirer un revenu sur une petite structure (35ha) et employer plusieurs saisonniers c'est uniquement grâce au tabac et à l'irrigation " explique Gilles Astruc. " Mais depuis 2003, les 50 irrigants de la vallée du Dadou subissent des restrictions de plus en plus forte et précoce " regrette Jean-Luc Viarouge.
" La raison essentielle est la baisse de la côte maximale du barrage de Rassisse qui prive la vallée de 4,5 millions de m3 en été alors que l'irrigation et l'eau potable réunies n'en consomment que 3,5. Quand l'état et les collectivités s'engageront-ils fermement pour financer la mise en conformité de l'évacuateur de crue ?"
En tant que président du conseil général, Thierry Carcenac se dit prêt à participer à hauteur de 10% et concède qu'il y a urgence à traiter ce problème. Il pense que le Plan de gestion des Etiages du Tarn doit aussi apporter des réponses. Pour Anne Laperrouze, " le partage de l'eau sera effectivement un enjeu majeur et il faudra une gestion raisonnée. Il y a des économies à faire par tous ". Dominique Barrau plaide pour un engagement fort de l'Etat " les hommes, l'eau et le foncier sont les trois enjeux majeurs pour l'agriculture et la sécurité alimentaire demain. Il faut que les décideurs le prennent en compte ".
En attendant, il y a urgence pour le Dadou et les producteurs demandent à la préfecture d'accepter d'augmenter partiellement la côte d'ici la réalisation des travaux.

Quelle agriculture dans la société demain ?

En quelques lignes les positions des trois élus pour l'agriculture demain :

Anne Laperrouze en est sûre " la population mondiale augmente. Ses besoins en alimentation et énergie aussi. Il y a donc un vrai avenir pour l'agriculture ! Mais elle devra toujours intégrer deux problématiques fortes dans notre société : l'enjeu social et l'enjeu environnemental. Ses facteurs de réussite seront la diversité, la capacité à s'organiser face aux GMS et à clarifier l'offre au consommateur et bien sûr tous les nouveaux débouchés qui devront s'appuyer sur la recherche et l'innovation. Il faudra aussi évidemment se pencher sur la rémunération des fonctions non productives de l'agriculture ".

Pour Bernard Carayon : "La France et l'Europe doivent être fortes et doivent se protéger notamment grâce à la qualité sanitaire et aux Labels. L'Europe ne doit pas choisir entre recherche et agriculture, il faudra que son budget en tienne compte ". Lui aussi estime " que les agriculteurs doivent se cartelliser pour peser face à la distribution " mais encore "qu'il faut baisser les charges et réformer les régimes spéciaux de retraite notamment ceux des agriculteurs ". Enfin, " une politique d'installation forte et une formation améliorée avec toujours plus de proximité entre formation et entreprise" lui semblent indispensables.

Enfin, pour Thierry Carcenac, tenant compte de l'environnement économique et sociétal que l'on connaît, la question est "Comment faire que demain, on aura encore des agriculteurs présents et nombreux sur nos territoires ? " Il trouve la réponse " grâce à une politique européenne forte. Elle devra répondre et valoriser deux fonctions de l'agriculture qui est une production de qualité à des prix supportables par le consommateur et son action pour l'environnement et la gestion des territoires. "

" Nous vous souhaitons de faire un aussi bon score que celui de la FNSEA " a souhaité Dominique Barrau aux élus en boutade conclusive. Mais trois grandes idées ont structurées sa synthèse " D'abord, il faut un projet politique agricole fort qui décidera ensuite du budget et des règles d'application mais pas l'inverse. Ensuite, c'est clair, on ne peut pas être européen pour les charges et brésiliens pour les prix. Enfin, il faudra faire un choix entre conservation et développement. Conserver, protéger, c'est bien mais ça ne doit pas se faire au détriment de notre sécurité alimentaire. Je vous rappelle que le foncier, l'eau et les agriculteurs manqueront bientôt pour assurer l'alimentation et l'énergie de la planète "


Auteur : A. Pousthomis

Retour à la page d'accueil Contacts Glossaires Haut de page Page précédente Page Suivante Imprimer