"Malgré la modernité de
l'agriculture et les enjeux qu'elle représente pour l'avenir (emploi, balance
commerciale, innovation, développement durable) on a peut entendu les candidats
à la présidentielle parler d'agriculture, sauf peut-être à l'occasion du salon
de l'agriculture " estimait Jean-Claude Huc. Partant de ce
constat la FDSEA avait décidé de s'inviter dans la campagne électorale. Aussi,
la table ronde de l'assemblée générale réunissait-elle quatre agriculteurs du
département et trois élus tarnais avec Dominique Barrau, secrétaire général de
FNSEA pour témoin. L'objectif était double : avoir des
réponses sur des problèmes concrets rencontrés par les agriculteurs mais aussi
que chaque élu trace sa vision de l'agriculture et le projet agricole qu'il
défendait pour les années à venir. Anne Laperrouze (UDF),
maire et conseiller général de Puylaurens, et députée européenne, Bernard
Carayon (UMP), maire de Lavaur et député de la 4ème circonscription du Tarn,
Thierry Carcenac (PS), président du conseil général du Tarn et député de la 2ème
circonscription du Tarn avaient accepté de participer à cet échange.
Ci-dessous, un rapide
aperçu des témoignages et des débats au cours de cette table ronde.
Témoignage de
Thierry Garrigues : l'emploi en agriculture
Thierry Garrigues est
arboriculteur à Sénouillac. Les pommes, production principale de son
exploitation, sont commercialisées via une organisation de producteurs et se
retrouvent sur un marché très concurrentiel car non protégé. " Samedi dernier, à
géant, j'ai trouvé des pomme Fuji chinoises ". Thierry Garrigues fait remarquer
que plus de 50% de son coût de production correspond à celui de la main d'œuvre.
Cela grève la compétitivité de l'entreprise notamment face aux autres pays "
alors que paradoxalement le pouvoir d'achat de mes salariés reste plutôt faible.
Quelles solutions proposez-vous pour faire baisser le coût du travail mais aussi
la complexité de sa gestion ?".
Les trois élus se sont
accordé à reconnaître que l'agriculture avait besoin d'un niveau important de
protection de ses marchés pour protéger une production dont les exigences
environnementales, sociales et qualitatives étaient très élevées. Tous trois ont
aussi affirmé leur volonté de simplifier la gestion administrative en
agriculture. Finalement, c'est sur le coût du travail et de la protection
sociale que les divergences se sont affirmées.
Pour
Bernard Carayon "les 35h sont largement en cause notamment pour les PME ", Anne
Laperrouze évoque la TVA sociale et la réduction des charges pour la création de
deux nouveaux emplois. Pour Thierry Carcenac " il faut revoir la répartition de
la taxation entre travail et capital mais il faut préserver le modèle social
français ".
Témoignage de
Delphine Puech : les aides à l'investissement et à la modernisation des
exploitations
Delphine Puech est
exploitante en production laitière avec son père à Labruguière, ils ont tout
récemment accueilli un associé tiers dans le GAEC suite à une opportunité de
reprise de foncier et de quota à proximité. " Pour des raisons économiques, mais
aussi environnementales (mise au normes) et de conditions de travail, nous avons
lancé un projet lourd sur l'extension et la modernisation des bâtiments "
explique-t-elle. Ce projet devait être financé partiellement par un prêt bonifié
et le plan bâtiment d'élevage "mais aujourd'hui, le prêt dont l'avenant a
été signé en 2006 est planté faute de budget et les files d'attentes sur le plan
bâtiment sont de plus d'un an. L'état peut-il ainsi ne pas tenir ses engagements
? Cela remet complètement en question la pérennité de l'installation !". 78
dossiers plan bâtiment et 82 PAM sont ainsi touchés dans le département. Bernard
Carayon qui avait évoqué ce sujet avec le ministre mardi dernier estime que le
plan bâtiment est victime de son succès alors que l'Etat a déjà fait un gros
effort qui sera poursuivi. Réaction de Dominique Barrau "cette situation n'est
pas acceptable. Nous exigeons que les taux du plan bâtiment ne soient pas
modifiés et que l'état participe à la hauteur des enjeux sur les prêts bonifiés,
le plan végétal environnement ou le plan bâtiment. Le plan bâtiment en
particulier est un enjeu majeur d'aménagement du territoire et de maintien de
l'élevage ". Anne Laperrouze estime que des solutions peuvent être trouvées sur
le FEADER ou en loi de finance rectificative.
Témoignages de
Gilles Astruc et Jean-Luc Viarouge : irrigation et gestion
de l'eau
Gilles Astruc, producteur
de tabac à Saint Julien du Puy et Jean-Luc Viarouge, éleveur laitier à
Montredon-Labessonié irriguent tous les deux à partir du Dadou et expliquent que
l'irrigation est l'élément clé de leur exploitation. "Si j'ai pu m'installer, si
je peux tirer un revenu sur une petite structure (35ha) et employer plusieurs
saisonniers c'est uniquement grâce au tabac et à l'irrigation " explique Gilles
Astruc. " Mais depuis 2003, les 50 irrigants de la vallée du Dadou subissent des
restrictions de plus en plus forte et précoce " regrette Jean-Luc Viarouge.
" La raison essentielle est la baisse de la côte
maximale du barrage de Rassisse qui prive la vallée de 4,5 millions de m3 en été
alors que l'irrigation et l'eau potable réunies n'en consomment que 3,5. Quand
l'état et les collectivités s'engageront-ils fermement pour financer la mise en
conformité de l'évacuateur de crue ?"
En tant que
président du conseil général, Thierry Carcenac se dit prêt à participer à
hauteur de 10% et concède qu'il y a urgence à traiter ce problème. Il pense que
le Plan de gestion des Etiages du Tarn doit aussi apporter des réponses. Pour
Anne Laperrouze, " le partage de l'eau sera effectivement un enjeu majeur et il
faudra une gestion raisonnée. Il y a des économies à faire par tous ". Dominique
Barrau plaide pour un engagement fort de l'Etat " les hommes, l'eau et le
foncier sont les trois enjeux majeurs pour l'agriculture et la sécurité
alimentaire demain. Il faut que les décideurs le prennent en compte ".
En attendant, il y a urgence pour le Dadou et les
producteurs demandent à la préfecture d'accepter d'augmenter partiellement la
côte d'ici la réalisation des travaux.
| Quelle agriculture dans la société demain
?
En quelques lignes les positions des
trois élus pour l'agriculture demain :
Anne Laperrouze en est
sûre " la population mondiale augmente. Ses besoins en alimentation et
énergie aussi. Il y a donc un vrai avenir pour l'agriculture ! Mais elle
devra toujours intégrer deux problématiques fortes dans notre société :
l'enjeu social et l'enjeu environnemental. Ses facteurs de réussite seront
la diversité, la capacité à s'organiser face aux GMS et à clarifier
l'offre au consommateur et bien sûr tous les nouveaux débouchés qui
devront s'appuyer sur la recherche et l'innovation. Il faudra aussi
évidemment se pencher sur la rémunération des fonctions non productives de
l'agriculture ".
Pour Bernard Carayon :
"La France et l'Europe doivent être fortes et doivent se protéger
notamment grâce à la qualité sanitaire et aux Labels. L'Europe ne doit pas
choisir entre recherche et agriculture, il faudra que son budget en tienne
compte ". Lui aussi estime " que les agriculteurs doivent se cartelliser
pour peser face à la distribution " mais encore "qu'il faut baisser les
charges et réformer les régimes spéciaux de retraite notamment ceux des
agriculteurs ". Enfin, " une politique d'installation forte et une
formation améliorée avec toujours plus de proximité entre formation et
entreprise" lui semblent indispensables.
Enfin, pour Thierry
Carcenac, tenant compte de l'environnement économique et sociétal
que l'on connaît, la question est "Comment faire que demain, on aura
encore des agriculteurs présents et nombreux sur nos territoires ? " Il
trouve la réponse " grâce à une politique européenne forte. Elle devra
répondre et valoriser deux fonctions de l'agriculture qui est une
production de qualité à des prix supportables par le consommateur et son
action pour l'environnement et la gestion des territoires. "
" Nous vous souhaitons de faire un aussi
bon score que celui de la FNSEA " a souhaité Dominique
Barrau aux élus en boutade conclusive. Mais trois grandes idées
ont structurées sa synthèse " D'abord, il faut un projet politique
agricole fort qui décidera ensuite du budget et des règles d'application
mais pas l'inverse. Ensuite, c'est clair, on ne peut pas être européen
pour les charges et brésiliens pour les prix. Enfin, il faudra faire un
choix entre conservation et développement. Conserver, protéger, c'est bien
mais ça ne doit pas se faire au détriment de notre sécurité alimentaire.
Je vous rappelle que le foncier, l'eau et les agriculteurs manqueront
bientôt pour assurer l'alimentation et l'énergie de la planète
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