L'agneau français
on y croit !!... et les grandes surfaces ??
"Trop c'est trop !! Il
était impératif que nous réagissions " explique Gilbert Vernhes le président de
la Fédération Départementale Ovine. En effet, depuis plus d'un mois le prix de
l'agneau payé au producteur a chuté et reste collé au plancher. La faute à qui
?? Pour les éleveurs (qui avaient déjà conviés l'an dernier tous les maillons de
la filière à plusieurs réunions de travail sur la répartition des marges) la
responsabilité des Grandes surfaces est clairement établie. Jérôme Redoulès et
Alain Nouvel de la section ovine de la FDSEA expliquent : " L'offre en
agneaux n'est pas particulièrement importante et ne peut expliquer cette chute à
de tels niveaux de prix. C'est l'attitude des Grandes Surfaces qui pénalise
toute la filière et surtout les producteurs. Les linéaires de viande d'agneau
sont très limités et la mise en valeur de cette viande par des opérations
d'animation ou la Marque Agneau de nos Terroirs est quasi inexistante. Comment
inciter ainsi à l'acte d'achat ? ".
De plus, les rayons " agneau " sont
souvent trustés par de l'agneau d'importation néo-zélandais qualifié de
"vieux frais". Cet agneau, présenté comme de l'agneau frais, a été
abattu en Nouvelle-Zélande et a passé plusieurs semaines de voyage en bateau
sous atmosphère réfrigérée contrôlée avant d'arriver dans les centrales d'achat
à des prix intenables pour les producteurs français. Pour Gilbert Vernhes :
" Cet agneau passe pratiquement plus de temps mort que vivant et casse les
marchés locaux avec un prix à 3€ ou 3.50€/kg. De plus la garantie de fraîcheur
et de traçabilité me semblent très discutable ". Marc Rolland renchérit :
" alors que la filière est impliquée dans la Charte de Relance Ovine depuis
quelques années et que l'on dit que l'Agneau on y croit...on se demande vraiment
si c'est le cas des Grandes Surfaces ".
Les éleveurs de la Fédération départementale
ovine, de la FDSEA et des JA du Tarn ont donc décidé d'intervenir dans le cadre
d'une action syndicale nationale. Le mercredi 20 juin, 25 éleveurs se sont
rendus dans le Auchan de Castres. Six jours plus tard, le mardi 26 juin, c'est
une trentaine d'éleveurs qui ont investi le Leclerc d'Albi-Séquestre. Par deux
fois leur but était clair : réorganiser symboliquement le rayon à leur manière
en retirant l'agneau d'importation et en demandant la présence d'agneau français
et tarnais. De telles actions n'ont pas manqué de faire réagir les directeurs
des magasins concernés.
Après discussion avec les représentants des
éleveurs ovins, ils se sont engagés à transmettre à leur centrale d'achat les
exigences de prix et de répartition des marges des producteurs. " Les
grandes surfaces travaillent avec des marges de plus de 25% et nous avec des
marges négatives. Ce n'est pas tenable. 4€/kg payé au producteur. Plus de 15€/kg
pour le consommateur : où va la différence ? Nous estimons que le prix
permettant de rémunérer le travail du producteur est à 6€/kg " précise
Alain Nouvel.
Plus localement, les deux magasins ont accepté
de mettre en place des filières d'approvisionnement de leurs magasins à partir
d'agneau locaux, ce qui faisait jusqu'à présent cruellement défaut. Les
réactions plutôt positives des clients présents ont également permis aux
producteurs d'expliquer leur démarche " la juste rémunération du prix au
producteur n'était pas du tout incompatible avec un prix raisonnable au
consommateur." Au contraire, con-sommateurs et producteurs français ont
communément intérêt à obtenir une plus juste répartition des marges et un
approvisionnement en agneaux locaux tracés et de qualité.
Pour Jérôme Redoulès : " Le résultat de ces
actions est plutôt positif puisqu'on a obtenu certains engagements et qu'on a pu
observer d'une semaine sur l'autre le retrait de viande néo-zélandaise. Mais
nous serons très vigilants sur le respect de ces engagements. Cela ne peut que
nous encourager à maintenir la pression. S'il n'y a pas de redressement
significatif des prix après cette mobilisation nationale nous recommencerons nos
actions dans d'autres grandes surfaces ". A bon entendeur, salut
!!