C'est une affaire qui fait grand bruit dans les
campagnes ! Jeudi dernier, le ministre de l'agriculture, Bruno Le Maire, a
annoncé sur France 2, que le revenu des agriculteurs avait augmenté en moyenne
de 66 %. Cette phrase, sortie du contexte, a été reprise en boucle dans tous de
nombreux journaux. Résultat : un véritable buzz médiatique sur la hausse du
revenu des agriculteurs. Ces derniers, déjà bien assez préoccupés par la
situation difficile sur leurs exploitations ont vivement réagi à ces
propos.
Dans le Tarn, les réactions ne se sont pas fait
attendre. Jean-Claude Huc, président de la FDSEA, a envoyé un communiqué de
presse teinté d'amertume. "Si là-haut on pense que le revenu a progressé, ici,
dans le Tarn, on ne croit plus au Père Noël et on se bat pour avoir des prix qui
permettent d'obtenir un revenu décent. Nous sommes outrés par cette
communication. Tous les adhérents tarnais s'étaient mobilisés à Toulouse le 16
octobre 2009 pour alerter l'opinion publique sur la crise sans précédent subie
par les agriculteurs. Aujourd'hui la situation ne s'est pas vraiment améliorée
:
-
150 agriculteurs tarnais ont déposé une demande de RSA
- la plupart des
agriculteurs vit grâce aux crédits court terme. 1063 ont déposé de nouveaux
prêts en 2010
- 1084 agriculteurs
ont sollicité le fonds d'allègement des charges pour alléger leurs
dettes
- 600 agriculteurs
sont suivis spécifiquement pour leurs difficultés économiques
- les producteurs
de porcs mettent la clé sous la porte les uns après les autres
- les charges ont
continué de progresser (+ 20% sur le carburant,...)
- etc...
Une position partagée à l'échelon national, par
le tout nouveau président de la FNSEA, Xavier Beulin. "Beaucoup d'agriculteurs
vont tomber de leur chaise quand ils vont voir ces chiffres. Quand je vois ce
qui se passe dans la production porcine, laitière, bovine, les éleveurs vont
être désabusés et se demander s'ils ne sont pas sur une autre planète." La
colère a du mal à passer. Cette hausse avait pourtant été qualifiée par Bruno Le
Maire de "rattrapage", nécessaire selon lui après la "crise épouvantable de
2009. Le revenu des agriculteurs reste inférieur de 10 à 15 % au revenu moyen
des Français". Derrière ces chiffres se cache une baisse cumulée de 46% entre
2007 et 2009. La succession des fortes évolutions des prix, à la baisse comme à
la hausse, oblige désormais à analyser les tendances sur le moyen terme :
le revenu agricole de 2010, après trois ans de baisse reste inférieur de 11% à
son niveau de 2007. Revenons en détails sur la situation des grandes productions
tarnaises avec les présidents des principales sections de la FDSEA.
Viticulture
L'avis de François Fabre, président
section viticole
"Pour les viticulteurs
gaillacois, la récolte 2010 a été encore plus faible que la récolte 2009. C'est
même la plus petite vendange depuis 1991 ! Aujourd'hui, la valorisation des
vins de Gaillac se tient plutôt bien, surtout en rouge IGP et sans IG. Ce sont
les petits rendements successifs depuis plusieurs années qui font que les
revenus des viticulteurs sont en baisse. Et 2010 n'échappe pas à la
règle !"
Les données Agreste Une analyse
tendancielle montre que le revenu de l'ensemble des exploitations
viticoles d'appellation se situe dans une tendance baissière depuis cinq
ans (- 5 % en moyenne annuelle). Toutefois, son niveau moyen dépasse
toujours nettement celui de l'ensemble des exploitations professionnelles.
En revanche, le revenu des exploitations de viticulture courante est
inférieur de 6 % à ce même niveau, malgré une évolution tendancielle
positive (+ 7% en moyenne annuelle sur les cinq dernières
années). |
Ovins viande et lait
L'avis de Alain Nouvel, président section ovin
viande
"Impacté par la FCO, le revenu des éleveurs reste l'un
des plus faibles, malgré le rééquilibrage des aides. Ce réajustement a permis de
sauver des élevages en comblant une partie de l'écart qui existait avec les
éleveurs bovins. Contractualisation sur toute la filière jusqu'au GMS pour
garantir un prix rémunérateur de nos animaux, maintien du budget de la PAC 2013
et reconquête ovine sont pour nous des enjeux essentiels pour notre revenu
2011."
L'avis de Jérôme Redoules, président
section ovin lait
"En 2009, les producteurs de
lait de brebis de Roquefort avaient accusé une baisse de revenu de par une
baisse des volumes produits. En 2010, le niveau de production progresse mais
cette fois, c'est le lait qui est moins bien valorisé. Ceci dit, la situation
doit être un peu meilleure qu'en 2009, grâce à la mise en place de la nouvelle
aide couplée pour les brebis. Reste que les coûts de production de la filière
sont très élevés et que les perspectives ne sont pas très réjouissantes. Il
devient urgent que la filière de Roquefort trouve un nouveau
souffle !
Les données Agreste Pour l'élevage
ovin, l'agreste souligne effectivement une amélioration du revenu grâce à
de nouvelles aides couplées. "En cumul sur trois années, le revenu par
actif non salarié des exploitations d'élevage d'ovins et autres herbivores
progresse de 14 % en 2010. Ce mieux intervient après six années de baisse
quasiment ininterrompue. Les nouvelles aides couplées aux ovins sont à
l'origine du redressement du revenu des exploitations ovines. Toutefois le
revenu moyen demeure très faible. Il ne représente que 60 % du revenu
moyen de l'ensemble des exploitations
professionnelles." |
Bovins lait
L'avis de Norbert Durand, président section
bovin lait
" Entre 2009 et 2010, nous avons
connu une légère augmentation du prix du lait. Mais nous ne voyons pas encore
les effets de cette augmentation sur le terrain. Les éleveurs ont accumulé
plusieurs années de dettes. Nous traînons les charges des deux années
précédentes. Il faudra au moins une année de hausse régulière pour arriver à un
seuil équivalent à celui d'il y a 3 ou 4 ans. Et pour les plus en difficultés,
cela mettra plus de temps. Il faudrait aussi dans un même temps que les charges
n'augmentent pas. Or ce n'est pas le cas aujourd'hui. Les aides PAC ne suffisent
pas. L'augmentation du revenu se fera avant tout par la vente de notre
lait. "
Les données Agreste Pour le lait de
vache, En moyenne, sur l'année 2010, le prix croît de 10 % en liaison avec
l'augmentation des prix des produits laitiers industriels (beurres
et poudres de lait). Dans ce contexte, la collecte laitière reprend.
Le revenu des éleveurs nettement plus faible que celui de la moyenne
de l'ensemble des exploitations professionnelles (20 % de
moins). |
Bovins
viande
L'avis de Didier Fonvieille
" 2009 a été une nouvelle année de crise. La quatrième année
successive difficile pour les producteurs de bovins viande avec un marché
très difficile en vache de réforme notamment. 2010 aura marqué un léger mieux
sur les marchés du broutard et une amélioration s'est annoncé à l'automne pour
les veaux gras. Mais l'augmentation des charges et notamment de l'aliment, avec
la hausse des céréales, sur nos exploitations ne nous permet pas de nous en
sortir. Pour nous, le compte est loin d'y être et nous ne nous retrouvons pas
dans ces annonces du ministre. "
Les données Agreste En cumul sur
trois années, le revenu par actif non salarié des exploitations
professionnelles spécialisées en bovins viande se replie de 2 % en 2010.
L'amélioration du revenu en 2010 se situe dans une tendance de moyen terme
défavorable pour ces deux spécialisations : - 14 % en moyenne annuelle
depuis cinq ans pour les éleveurs bovins viandes. Avec un niveau
proche de celui du début des années 1990, le revenu dans ces
orientations reste comme il y a 20 ans nettement plus faible que
celui de la moyenne de l'ensemble des exploitations professionnelles
(différence de 38%). |
Grandes cultures
L'avis de Didier
Gorse
" L'an dernier, nous avons vendu notre
orge entre 90 et 100 euros la tonne. Le chiffre est sensiblement le même cette
année. Le blé tendre a augmenté d'un peu moins de 50 % entre 2009 et 2010, grand
maximum. Les chiffres annoncés sont bien loin de la réalité. Ceux qui ont pu
stocker ont peut être pu vendre à de meilleurs prix. Mais tout le monde n'a pas
eu les moyens. Les années difficiles successives laissent des traces qui ne
s'effacent pas comme cela. "
Les données Agreste Depuis 2006, le
revenu des exploitations professionnelles de grandes cultures
est tributaire de la volatilité des prix des matières premières
agricoles. Malgré une forte hausse en 2010, en cumul sur les trois
dernières années le revenu par actif non salarié des exploitations
spécialisées en céréales, oléagineux et protéagineux est orienté à
la baisse (- 12 % en 2010 après - 11 % en 2009). Pour les autres
exploitations de grandes cultures, le revenu en cumul triennal progresse
légèrement en 2010 (+ 2
%). |