Agenda23/02/12 Retour à la page d'accueil Contacts Glossaires Plan du site Page précédente Page Suivante Imprimer  
    Vie Syndicale / articles / 2010
 
  Lancer la rechercheRecherche avancée








  17/12/2010
  Hausse du revenu agricole : la FDSEA ne croit pas au père Noël


C'est une affaire qui fait grand bruit dans les campagnes ! Jeudi dernier, le ministre de l'agriculture, Bruno Le Maire, a annoncé sur France 2, que le revenu des agriculteurs avait augmenté en moyenne de 66 %. Cette phrase, sortie du contexte, a été reprise en boucle dans tous de nombreux journaux. Résultat : un véritable buzz médiatique sur la hausse du revenu des agriculteurs. Ces derniers, déjà bien assez préoccupés par la situation difficile sur leurs exploitations ont vivement réagi à ces propos.

Dans le Tarn, les réactions ne se sont pas fait attendre. Jean-Claude Huc, président de la FDSEA, a envoyé un communiqué de presse teinté d'amertume. "Si là-haut on pense que le revenu a progressé, ici, dans le Tarn, on ne croit plus au Père Noël et on se bat pour avoir des prix qui permettent d'obtenir un revenu décent. Nous sommes outrés par cette communication. Tous les adhérents tarnais s'étaient mobilisés à Toulouse le 16 octobre 2009 pour alerter l'opinion publique sur la crise sans précédent subie par les agriculteurs. Aujourd'hui la situation ne s'est pas vraiment améliorée :
-          150 agriculteurs tarnais ont déposé une demande de RSA
-          la plupart des agriculteurs vit grâce aux crédits court terme. 1063 ont déposé de nouveaux prêts en 2010
-          1084 agriculteurs ont sollicité le fonds d'allègement des charges pour alléger leurs dettes
-          600 agriculteurs sont suivis spécifiquement pour leurs difficultés économiques
-          les producteurs de porcs mettent la clé sous la porte les uns après les autres
-          les charges ont continué de progresser (+ 20% sur le carburant,...)
-          etc...

Une position partagée à l'échelon national, par le tout nouveau président de la FNSEA, Xavier Beulin. "Beaucoup d'agriculteurs vont tomber de leur chaise quand ils vont voir ces chiffres. Quand je vois ce qui se passe dans la production porcine, laitière, bovine, les éleveurs vont être désabusés et se demander s'ils ne sont pas sur une autre planète." La colère a du mal à passer. Cette hausse avait pourtant été qualifiée par Bruno Le Maire de "rattrapage", nécessaire selon lui après la "crise épouvantable de 2009. Le revenu des agriculteurs reste inférieur de 10 à 15 % au revenu moyen des Français". Derrière ces chiffres se cache une baisse cumulée de 46% entre 2007 et 2009. La succession des fortes évolutions des prix, à la baisse comme à la hausse, oblige désormais à analyser les tendances sur le moyen terme : le revenu agricole de 2010, après trois ans de baisse reste inférieur de 11% à son niveau de 2007. Revenons en détails sur la situation des grandes productions tarnaises avec les présidents des principales sections de la FDSEA.

Viticulture
L'avis de François Fabre, président section viticole
"Pour les viticulteurs gaillacois, la récolte 2010 a été encore plus faible que la récolte 2009. C'est même la plus petite vendange depuis 1991 ! Aujourd'hui, la valorisation des vins de Gaillac se tient plutôt bien, surtout en rouge IGP et sans IG. Ce sont les petits rendements successifs depuis plusieurs années qui font que les revenus des viticulteurs sont en baisse. Et 2010 n'échappe pas à la règle !"

Les données Agreste
Une analyse tendancielle montre que le revenu de l'ensemble des exploitations viticoles d'appellation se situe dans une tendance baissière depuis cinq ans (- 5 % en moyenne annuelle). Toutefois, son niveau moyen dépasse toujours nettement celui de l'ensemble des exploitations professionnelles. En revanche, le revenu des exploitations de viticulture courante est inférieur de 6 % à ce même niveau, malgré une évolution tendancielle positive (+ 7% en moyenne annuelle sur les cinq dernières années).

Ovins viande et lait
L'avis de Alain Nouvel, président section ovin viande
"Impacté par la FCO, le revenu des éleveurs reste l'un des plus faibles, malgré le rééquilibrage des aides. Ce réajustement a permis de sauver des élevages en comblant une partie de l'écart qui existait avec les éleveurs bovins. Contractualisation sur toute la filière jusqu'au GMS pour garantir un prix rémunérateur de nos animaux, maintien du budget de la PAC 2013 et reconquête ovine sont pour nous des enjeux essentiels pour notre revenu 2011."

L'avis de Jérôme Redoules, président section ovin lait
"En 2009, les producteurs de lait de brebis de Roquefort avaient accusé une baisse de revenu de par une baisse des volumes produits. En 2010, le niveau de production progresse mais cette fois, c'est le lait qui est moins bien valorisé. Ceci dit, la situation doit être un peu meilleure qu'en 2009, grâce à la mise en place de la nouvelle aide couplée pour les brebis. Reste que les coûts de production de la filière sont très élevés et que les perspectives ne sont pas très réjouissantes. Il devient urgent que la filière de Roquefort trouve un nouveau souffle !

Les données Agreste
Pour l'élevage ovin, l'agreste souligne effectivement une amélioration du revenu grâce à de nouvelles aides couplées. "En cumul sur trois années, le revenu par actif non salarié des exploitations d'élevage d'ovins et autres herbivores progresse de 14 % en 2010. Ce mieux intervient après six années de baisse quasiment ininterrompue. Les nouvelles aides couplées aux ovins sont à l'origine du redressement du revenu des exploitations ovines. Toutefois le revenu moyen demeure très faible. Il ne représente que 60 % du revenu moyen de l'ensemble des exploitations professionnelles."

Bovins lait
L'avis de Norbert Durand, président section bovin lait
" Entre 2009 et 2010, nous avons connu une légère augmentation du prix du lait. Mais nous ne voyons pas encore les effets de cette augmentation sur le terrain. Les éleveurs ont accumulé plusieurs années de dettes.  Nous traînons les charges des deux années précédentes. Il faudra au moins une année de hausse régulière pour arriver à un seuil équivalent à celui d'il y a 3 ou 4 ans. Et pour les plus en difficultés, cela mettra plus de temps. Il faudrait aussi dans un même temps que les charges n'augmentent pas. Or ce n'est pas le cas aujourd'hui. Les aides PAC ne suffisent pas. L'augmentation du revenu se fera avant tout par la vente de notre lait. "

Les données Agreste
Pour le lait de vache, En moyenne, sur l'année 2010, le prix croît de 10 % en liaison avec l'augmentation des prix des produits laitiers  industriels (beurres et poudres de lait). Dans  ce contexte, la collecte laitière reprend. Le revenu des éleveurs nettement plus faible  que celui de la moyenne de l'ensemble des exploitations professionnelles (20 % de moins).

Bovins viande
L'avis de Didier Fonvieille
" 2009 a été une nouvelle année de crise. La quatrième année successive difficile pour les producteurs de bovins viande avec  un marché très difficile en vache de réforme notamment. 2010 aura marqué un léger mieux sur les marchés du broutard et une amélioration s'est annoncé à l'automne pour les veaux gras. Mais l'augmentation des charges et notamment de l'aliment, avec la hausse des céréales, sur nos exploitations ne nous permet pas de nous en sortir. Pour nous, le compte est loin d'y être et nous ne nous retrouvons pas dans ces annonces du ministre. "

Les données Agreste
En cumul sur trois années, le revenu par actif  non salarié des exploitations professionnelles spécialisées en bovins viande se replie de 2 % en 2010. L'amélioration du revenu en 2010 se situe dans une tendance de moyen terme défavorable pour ces deux spécialisations : - 14 % en moyenne annuelle depuis cinq ans pour les éleveurs bovins viandes. Avec un  niveau proche de celui du début des années  1990, le revenu dans ces orientations reste comme il y a 20 ans nettement plus faible  que celui de la moyenne de l'ensemble des exploitations professionnelles (différence de 38%).

Grandes cultures
L'avis de Didier Gorse
" L'an dernier, nous avons vendu notre orge entre 90 et 100 euros la tonne. Le chiffre est sensiblement le même cette année. Le blé tendre a augmenté d'un peu moins de 50 % entre 2009 et 2010, grand maximum. Les chiffres annoncés sont bien loin de la réalité. Ceux qui ont pu stocker ont peut être pu vendre à de meilleurs prix. Mais tout le monde n'a pas eu les moyens. Les années difficiles successives laissent des traces qui ne s'effacent pas comme cela. "

Les données Agreste
Depuis 2006, le revenu des exploitations  professionnelles de grandes cultures est  tributaire de la volatilité des prix des matières premières agricoles. Malgré une forte hausse en 2010, en cumul sur les trois dernières années le revenu par actif non salarié des exploitations spécialisées en céréales, oléagineux et protéagineux  est orienté à la baisse (- 12 % en 2010 après - 11 % en 2009). Pour les autres exploitations de grandes cultures, le revenu en cumul triennal progresse légèrement en 2010 (+ 2 %).


Auteur : FDSEA81

Retour à la page d'accueil Contacts Glossaires Haut de page Page précédente Page Suivante Imprimer