Manifestation à Lacaune
"pour un prix du porc rémunérateur
!"
Ce sont les pieds dans la neige et la tête en
plein vent d'autan que se sont retrouvés les 80 manifestants venus à Lacaune ce
jeudi 4 février, à l'appel de la FDSEA et des JA. S'ils ont accepté de venir
braver les froideurs de la montagne tarnaise, c'est pour défendre le prix et
l'origine du porc. Parmi eux, bien sûr, des éleveurs de porcs tarnais,
aveyronnais, lotois, haut-pyrénéens ou corréziens, mais aussi des céréaliers des
plaines albigeoises, lauragaises et gaillacoises, ainsi que des éleveurs ovins
ou bovins venus en voisins. Les salaisonniers étaient clairement visés par cette
action dans un site aussi symbolique que celui de Lacaune.
C'est bien parce que le combat que mènent les
éleveurs de porcs ce jour là à Lacaune est aussi le leur : celui du prix de
leur production, le prix de toutes les productions agricoles. Pour Bruno
BUNISSET, éleveur dans la Corrèze, membre du CPA (collectif porc avenir)
pas de quoi tourner autour du pot : " la loi de modernisation de
l'agriculture peut mettre à notre disposition des outils renforcés comme les
interprofessions, mais le prix, c'est à nous, agriculteurs, d'aller le
chercher ! Si on n'y arrive pas par la voie douce, on y arrivera par une
autre voie... ". A bon entendeur, salut ! Les salaisonniers ont-ils
entendu cet appel?
Les éleveurs ont obtenu sur le champ
l'organisation d'une rencontre à la mairie de Lacaune. Autour de la table,
Monsieur le maire, les représentants des entreprises Oberty, Milhau, Roussaly,
Garnier, Franvial Valtec et une délégation d'éleveurs porcins accompagnés par
Jean Claude HUC le président de la FDSEA du Tarn. Face à des entreprises de
transformation témoignant de leurs propres difficultés et exprimant leur
" impuissance " face à la grande distribution, Bruno BUNISSET a tenu à
rappeler le travail que mènent les éleveurs: " en décembre nous sommes
d'abord allés dans les grandes surfaces ; depuis quelques semaines, dans
les abattoirs et dans nos groupements de producteurs, et maintenant nous venons
vous rencontrer à vous, les salaisonniers. Les grandes surfaces sont prêtes à
travailler avec nous. Nos propres outils coopératifs ne faisaient plus leur
boulot : les présidents sont en train de le réaliser et ils comprennent
notre démarche. Maintenant, on a besoin de vous : il faut arrêter les
ventes à perte ! ".
Pour un prix du porc à 1.80
€/kg.
Cette démarche, Laurent VALS, éleveur corrézien
en difficulté, l'explique: "Il faut casser la spirale à la baisse.
Comment ? En réunissant les représentants de la production, de la
coopération, de l'interprofession, de la FICT (Fédération française des
industriels Charcutiers Traiteurs, transformateurs de viande) et des grandes et
moyennes surfaces. Et ensemble, signer un engagement fort en faveur de VPF
(viande de porc française) et en faveur d'un prix rémunérateur à tous les
niveaux de la filière. Il faut une cotation nationale de référence avec un prix
minimum basé sur les coûts de production régionaux. Ce prix aujourd'hui, pour
couvrir les charges actuelles et les pertes accumulées depuis 4 ans, il ne doit
pas être en dessous de 1.80 €/kg. ". Les éleveurs insistent :
" ce prix n'est pas utopique, nous l'avons testé dans notre
" laboratoire Porc Citoyen ". Ce n'est pas un problème pour les
GMS qui couvrent leur frais de gestion en % du prix ".
Par cette action de blocage filtrant, les
éleveurs veulent aussi convaincre le président de la FICT : ils exigent un
rendez-vous urgent avec son président, M Volut. "Il doit nous expliquer sa
position contre la défense de l'approvisionnement français ! ". Les
appels de M Cabrol ancien administrateur de la FICT n'y ont rien fait : pas
de communication directe immédiate possible avec ce responsable
injoignable, quelque part en commission... mais M Cabrol s'y
engage: " il me rappelle cet après midi et on fixe ce
rendez-vous ".
Il est vrai que le bouchon à la sortie de
Lacaune commence à faire désordre et que les salaisonniers locaux supplient déjà
les éleveurs de libérer au plus vite les camions bloqués avec leur
marchandise... " Nous ne sommes pas venus avec l'intention de bloquer
la vie locale de Lacaune", rappelle les éleveurs, voilà pourquoi ils ont décidé
de lever le camp en milieu de journée. Prochaine action? Mardi dans un
l'abattoir aveyronnais, puis jeudi chez un salaisonnier auvergnat. En attendant
le rendez vous avec le président de la FICT, il faut aussi organiser la
rencontre entre tous les acteurs de la filière prévue pour le 19 février,
peut-être à Toulouse... ou ailleurs, les éleveurs ont juste besoin d'une table
sur laquelle mettre à plat une nouvelle fois leur
projet. "